GTV : Veymont-Corrençon : la traversée des Hauts Plateaux


Il est presque 16h, et hop, direction Corrençon, on dit adieu au Grand Veymont. On se retrouvera, grand...

Jetons un oeil à ce qui nous attend avant Corrençon : tout d'abord, on descend le Grand Veymont pour arriver au Pas de la Ville, puis direction la Jasse du Play via la plaine de la Chau, puis la plaine de Darbounouse, la cabane de Carette, et enfin Corrençon. De la descente et du plat, avec quelques petites montées par-ci par-là. Ca a l'air facile. Seul problème : la nuit ne va pas tarder. J'aimerai bien qu'on ait rejoint la forêt et le GR bien tracé avant la nuit...

Grand Veymont - la Jasse du Play : 6,7 kms et 65m D+

CarteProfil


La descente du Veymon commence assez tranquillement, en suivant la crête. L'épaisseur de neige est considérable, comparé à la montée par le sud. Plus d'une fois, on se retrouve avec de la neige jusqu'à mi-cuisse... On s'amuse comme des petits fous, à gambader joyeusement dans la neige (pas poudreuse mais quand même...), comme un troupeau de jeunes cabris !

Descente du Pas de la Ville
Youpi-tralala c'est rigolo !
Descente du Pas de la Ville
Admirez le style du Bourrin,
avé bâtons !
Descente du Pas de la Ville
Nicolas : eh les amis, regardez...
je vole... je vole !!!
Chute !
Ah ben oui, ce qui devait arriver...
... arriva !  ;-)

Après s'être bien amusé à descendre la partie "poudreuse", il nous reste à plonger sur la pas de la Ville. La pente s'accentue carrément, et il faut arrêter 2 minutes de faire les fous pour être un minimum prudent... Je commence à m'engager dans une pente très raide, qui ressemble fort à un couloir d'avalanche (photo de droite). Je ne pense pas que les risques soient très importants, mais on ne sais jamais... D'un autre côté, c'est assez rassurant, car ici on voit le bas de la pente, là-bas tout en bas. Pas de barre rocheuse en vue...

L'Bourrin me fait signe : les traces de raquettes qu'on suivait depuis le haut, on l'air de contourner ce couloir par la droite. On va rester très prudents, en suivant ces traces. Comme ça on est tranquilles...

On y va...
La Grande Moucherolle nous nargue, tout au fond... Après ce replat, on va plonger dans le trou, juste devant nous, entre les 2 sommets rocheux au 1er plan.

Descente du Pas de la Ville
L'Bourrin crapahute... pour rejoindre les Hauts Plateaux, en bas à gauche.
Pas de la Ville
Un aperçu peu engageant des balcons Est : mouais, je crois bien qu'on va laisser tomber cette option là sans regret...
Ca descend raide !
Aïe, ça descend bien raide là-dedans... la photo ne rend pas bien la pente, mais je vous garanti que quand on est là, on est pas sûr de s'arrêter avant le bas de la descente, en cas de glissage... on va finalement contourner l'amas rocheux à droite de la photo, par la droite.

16h30 : On débarque au Pas de la Ville dans une complète euphorie : rââââââhhhh lovely, qu'est ce qu'on est bien ici ! L'éclate totale !
C'est l'occasion pour Nicolas de jouer encore à l'oiseau, et on fait une petite photo de groupe (moins 1) :

Descente du Pas de la Ville
Nicolas : "fais comme l'oiseau"...
Pas de la Ville
Mathias, Olivier, Thierry au Pas de la Ville.
(Photo Nicolas)


On fait le point, mais il n'y a aucune hésitation : on prend à gauche pour retrouver le GR91. Pas question de tenter le balcon Est. Je vais jeter un oeil à la descente du Pas de la Ville, pour me convaincre définitivement : la pente est au moins aussi importante que celle qu'on vient de dévaler, il y a beaucoup de neige, ça recouvre le sentier, mais ici on ne voit jusqu'où on pourrait glisser en cas de chute ! Bigre, c'est peu engageant...

Descente du Pas de la Ville
Le Pas de la Ville : la descente côté Est.
Pas de la Ville
... et côté Ouest.
Descente du Pas de la Ville
C'est tranquille de ce côté là.
On distingue déjà la plaine de la Chau,
notre prochaine étape.

Ohhhh un joli champ de neige... les traces des raquêtes contournent sagement, pour attaquer la pente progressivement... on échange quelques regards ... et zou c'est parti, à fond, tout droit dans la pente, pour un dernier moment d'extase dans la neige...

En quelques minutes on est en bas, et on se retrouve sur la Plaine de la Chau. On ne va pas jusqu'au refuge, mais on décide plutôt de rechercher la fontaine de la Chau, qui est quelque part à l'Est de la plaine. On la trouve sans difficulté : une succession d'abreuvoirs (des bachassons, je crois) en file indienne.

17h05 : 5 minutes de pause. C'est l'occasion de recharger les poches à eau, même si on a très peu bu...

Descente du Pas de la Ville
Bah, c'était trop court...
Plaine de la Chau
Nicolas découvre le point d'eau.
Fontaine de la Chau
Petite pause : on recharge l'eau,
on mange un morceau...

On quitte la plaine de la Chau, toujours sur le GR. Le sentier slalome entre les arbres, sans vraiment rentrer dans la forêt comme je le pensais au vu de la carte. Il commence à faire sombre, et il est bientôt temps d'allumer les frontales. A cet instant là, c'est assez étrange de se dire qu'il nous reste encore 13 ou 14 heures de course, alors que la nuit tombe !

Je maudis ma boisson énergétique, que je soupçonne de me donner mal au bide. Un coup de moins bien accompagne le mal au bide : je suis fatigué, je me sens faible. Heureusement qu'on y va cool... il faut gérer !
Pas de bol, c'est ce moment là que je choisis pour essayer de briser un rocher d'un grand coup de tibia. Ouille ouille ouille. En courant dans la neige, mon pied s'est brutalement enfoncé dans une de ses anfractuosités si courantes dans le Vercors. Vous savez, ces rochers pleins de trous... Je m'en sors bien : c'est le coup à se péter le tibia, si on arrive trop vite... J'attends 15 secondes, et je me remets à trottiner. Ca fait mal à chaque foulée, mais ça va passer.

Je m'attendais à un GR  relativement large, peinard, qui serpente en sous-bois (sur la carte, le tracé est presque rectiligne). En fait, pas du tout. Le terrain est beaucoup plus accidenté que ce que j'imaginais, le sentier tourne en permanence, passe entre les rochers, contourne les arbres, monte, descend... La plupart des marques du GR sont tracées sur le tronc des arbres, mais à plusieurs reprises, on doit chercher un petit moment pour retrouver notre chemin. Mieux vaut être attentif, et ne pas perdre le GR ! De plus, on a vite fait de se tromper, et de prendre les traces qu'on a fait 5 minutes auparavant pour des traces d'autres randonneurs... à force de tourner en rond !

La nuit est maintenant presque complètement tombée. Au milieu d'un espace dégagé, je fais la photo du siècle. Menfin, dommage, mon appareil ne me permet pas de faire une oeuvre d'art... mais c'est quand même joli, ce ciel sombre avec des silhouettes qui se détachent... et un énorme cairn sur la droite !

Zut, je m'aperçois que j'ai oublié de photographier la lune...

Hauts Plateaux de nuit
Phot d'art... L'Bourrin et Nicolas.
Hauts Plateaux de nuit
Photo d'art, bis.

Ce CR devient maintenant très pauvre en photos, nuit oblige... dommage...

Avant d'arriver au refuge, je traverse un petit coup de moins bien. Je suis fatigué. J'accroche un wagon, et je me contente de suivre. Ca devrait passer. Je mange un morceau, ça passe pas très bien. Allez, du nerf !

17h50 : on arrive peu après au refuge de la Jasse du Play, avec 7h07 de course au compteur. On y trouve un petit groupe de belges. Ah, ils ont dû se dire "zut, on était tranquilles, comment on va rentrer dans ce petit refuge à 4 de plus?".  Ils ont sans douté été soulagés en nous voyant repartir... mais je ne suis pas sûr qu'ils nous ont pris au sérieux quand on leur explique notre point de départ et d'arrivée...

On ne s'arrête presque pas : y'a de la route !

Jasse du Play


Presque 2 heures pour 6,7 kms de plat, et ben, notre progression a été plutôt tranquille... Faut dire qu'on a (encore) été ralentis par la neige, la difficulté de trouver les marques, et le terrain accidenté...

En haut du Veymont, j'avais détaché mon polar du poignet pour l'éloigner de la chaleur corporelle. Ce n'est pas très fiable, mais ça donne une idée des températures, pas si basses que ça en fin de compte.. voici ce qu'en dit le polar :

Polar


La Jasse du Play- plaine de Darbounouse : 9,3 kms et 155m D+

On a encore une bonne traite à courir, sur le GR dans les bois. En mon for intérieur, j'espère que le terrain va enfin permettre de courir un peu, et surtout qu'il n'y ai pas les 40 cms de neige annoncés en arrivant à la plaine de Darbounouse !

CarteProfil

Ca continue à monter, descendre, monter, descendre... le tout sur un sentier caillouteux, qui regorge de pièges pour les coureurs-qu'ont-une-tikka. J'ai vraiment l'air d'un amateur, avec ma petit lampe à diodes, qui éclaire que dalle... parfois, quand un de mes compagnons éclaire derrière moi, j'ai même l'impression que ma lampe est éteinte ! Mmmmmm peut être pas suffisant pour la GTV, la tikka...

Je regrette de ne pas pouvoir prendre de photo des loupiottes qui se suivent à la queue-leu-leu... bon ok, il n'y en a que 3, c'est-à-dire beaucoup moins qu'à la SaintéLyon : mais c'est magique, on est tout seuls au milieu de nul part, sous le pâle éclairage de la lune... magnifique (je me répète ? ah bon ?).

Loupiotes
Loupiotte dans la neige. Nuit...
De nuit...
L'Bourrin carbure...
L'Bourrin et la Langouste
Oula, on commence à tirer la tronche ?
Hauts les coeurs ! ;-)

Notre petit sentier difficile décrit plus haut change rapidement, et se transforme en un (petit) sentier peu accidenté et assez rectiligne. On n'accélère pas vraiment la cadence (il faut ménager nos forces), mais notre moyenne augmente néanmoins pas mal : on trébuche/glisse moins, on trouve plus facilement où mettre les pieds, on court plus souvent...

Et puis, après les ruines de Tiolache-Haut, ça se met à descendre assez régulièrement, on tombe sur un chemin encaissé en pente douce, qui suit un petit vallon... et on peut foncer à toute berzingue ! ;-)

20h24 : on arrive donc à la Plaine de Darbounouse. Il nous a quand même fallu 2h34 pour parcourir 9,3kms : on se rapproche un peu de la vitesse moyenne prévue (4kms/h), mais c'est pas encore ça. Qu'importe, rien ne presse. On admire plutôt le paysage qui s'offre à nous : on voit la grande Plaine de Darbounouse comme en plein jour, avec la pleine lune qui éclaire à notre droite. On peut éteindre les frontales, et courir à la seul lueur lunaire. Super...

Elle est tellement grande cette plaine, qu'on se débrouille même pour cafouiller un brin. Mais non, ça y est, on retrouve le GR, voici un poteau indicateur. Ah là là ces parigots, ils ont besoin d'un circuit jalonné pour s'y retrouver... ;-)

Allez zou, la cabane de Carette est indiquée à 45 minutes : ça veut dire qu'on est bientôt à Corrençon ! J'essaie de ne pas penser que Corrençon, ben ce n'est que la mi-parcours... !!!

Darbounouse !


Polar



Plaine de Darbounouse - Corrençon :  kms et 155m D+

On entre sur le domaine de randonnée de Corrençon (c'est-à-dire, les balades à la journée, de quelques heures arrivent jusqu'ici). Ca me revigore : l'écurie est proche. Enfin, l'écurie de la mi-course !

CarteProfil


A partir de Darbounouse, le GR monte tout droit dans la pente, et au bout de 2kms de montée, c'est la descente sur Corrençon !
Je retouve des coins que je connais bien, ça me motive. Ca tombe bien, parce que ça devient difficile... Heureusement, tout se passe bien, pour l'instant, dans le groupe. Nicolas a l'air d'avoir une sacré pêche, mais adopte néanmoins l'allure sage de notre ancien : L'Bourrin, secondé de la Langouste, rythme notre progression avec le "tic-tic" de ses bâtons sur les rochers du sentier...
Je me félicite du succès, pour l'instant, de notre expédition ! Je pense qu'on a passé le plus dur, dans le sens où, à partir de Corrençon, on est de retour dans la "civilisation" : points d'eau, sortie facile en cas de blessure, etc. Le groupe reste soudé, chacun a ses petits souçis (crampes, genoux...) mais rien de grave. Tout va bien !

Je crois reconnaître la clairière où se trouve la cabane de Carette, mais on ne verra pas la cabane elle-même. Et, il faut bien le dire, à cet instant là, on s'en fout un peu de vérifier : on continue donc notre avancée imperturbable, sans se retourner... On se motive en prévoyant un arrêt "vin chaud" à Corrençon. On est tous d'accord pour ne pas s'y éterniser, L'Bourrin en particulier, dans sa grande sagesse, préconise de ne pas laisser refroidir la machine... Ahhhh on pourrait boire un truc chaud, manger un morceau... Oh oui oh ouiiii....

Le passage du 45ème parallèle donne l'occasion d'une toute petite pause et d'une photo rituelle. Ca va, la bonne humeur est toujours bien ancrée dans le groupe.

On avance...
Ayé, on arrive...
45ème parallèle
Nicolas se cultive...
La fine équipe
Et ben c'est toujours la forme on dirait !

Alors que je pronostique la présence du golf de Corrençon sur notre droite (il s'agit en fait de la plaine "Champ de bataille", on n'est quand même pas si près de Corrençon), on devine les lumières de Corrençon, et on arrive aux premières habitations : en l'occurrence, un châlet sur notre droite, qui a l'air habité. En effet, une voix s'élève pour nous saluer. Echange d'amabilité, vous allez où, etc. etc. La jeune fille a été surprise de voir arriver une file de loupiottes à cette heure tardive. On est invités à prendre un verre. L'idée est séduisante autant qu'innatendue. Sympa. Rapide conciliabule : on est si près de Corrençon, c'est peut être pas le moment ? Et si y'a rien d'ouvert à Corrençon ? Bon, moi ça me dit, mais on se fixe 1/4h alors ? Ok, tout le monde est d'acc' ?

Ahhhhh ça fait du bien de rentrer au chaud... On arrive dans une ambiance de fête : après (et pendant) la tartiflette, ce groupe de jeunes a l'air d'avoir éclusé quelques bouteilles... Ca rigole et ça rigole... On raconte un peu notre expédition, ce qui provoque quelques exclamations et plusieurs bonnes rigolades... On boit un coup (qui un thé, qui une bière... je vous laisse deviner le choix du Bourrin !). Mais les meilleures choses ont une fin, et il faut une sacré volonté pour s'arracher de ce châlet douillet et accueillant (au moins autant que le sourire charmant des jeunes filles), et retourner dans nuit froide et obscure pour poursuivre notre chemin de croix (n'exagérons rien ! ;-).
On a légèrement débordé sur le 1/4h prévu : 22 minutes de pause.

L'Bourrin picole...
Ouiiii farpaitement, on est
partis de Die, et on va jusqu'à
Grenoble, farpaitement !!!
Y'a de la buée !
Ouahhh je vois tout trouble,
c'est la buée, mais ça fait du bien
de se boire une petite bière !
Faut bien repartir...
Quand faut y aller faut
y aller : l'expérience du
Bourrin parle...

Du bitume !Nous poursuivons notre Odyssée à nous, même si le moyen de progression est différent : on a échappé au piège charmeur des sirènes !!!
Ce n'est pas très facile de redémarrer, les muscles se sont raidis. Courage, compagnons d'infortune, ou plutôt, compagnons d'aventure !

Comme souvent dans pareil cas, l'arrivée dans un village redonne du peps. C'est en courant (sprintant ? ;-) qu'on entre dans Corrençon endormie. Bon d'accord, ça a l'air sacrément endormi, à la limite du coma... as un commerce d'ouvert (même pas un petit troquet ?). Ouf, béni soit le chalet salvateur qui nous a permis de nous refaire une santé. Sans lui, ça nous aurait peut être été plus difficile de repartir sans faire de pause au chaud...

On établit notre point de ravito sur la place du village, à côté de la fontaine. On mange un morceau, on recharge les poches à eau, on prend quelques photos, et on donne quelques coups de fil pour rassurer la famille, les amis. Nos messageries sont pleines, on est encouragés de toute part. L'Blueb, qui doit nous rejoindre dans la nuit, commence à s'inquiéter de notre progression.

Fontaine de Corrençon
La fontaine est investie par
un groupe d'individus aux
allures louches...
Nico
Nicolas.
L'Bourrin
L'Bourrin.
La Langouste
La Langouste.

22h26 : on est partis depuis 11h43. On a couvert 37,3 kms et 1790m de D+, selon la carte. Et bé... c'est vite dit, ça a l'air facile comme ça, comparé aux folies de l'UTMB ou du GRR, mais après presque 12 heures de course, on est pas mal éprouvés... Il doit rester à peu près la même distance à parcourir : oui mais, la progression sera sans aucun doute facilité par les chemins très roulants qu'on va emprunter maintenant. Par mesure de précaution, et pour être sûrs d'arriver tous à bon port, on décide de zapper la dernière descente, de Saint-Nizier à Grenoble. L'Blueb posera donc sa voiture à Saint-Nizier. Ca nous raccourcit de 5 ou 6 kms, et surtout d'une dernière descente difficile et assez peu intéressante.

Après une longue pause de 22 minutes (3/4h de pause sur la dernière heure !), on y retourne !

Polar


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